Réponses de Nathalie Arthaud.

AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

Depuis trente ans, toute la politique de décentralisation, menée aussi bien par la gauche que par la droite, a consisté à servir de paravent au désengagement progressif de l’État de l’essentiel de ses missions utiles à la population : éducation, formation, transports, santé, services sociaux, etc. Cette opération de transfert de compétences s’est à chaque fois accompagnée de la baisse des dotations d'État. Le but de l'État n’était en aucune façon de « démocratiser » la gestion de ses anciennes compétences, mais de piller les finances publiques au profit des capitalistes. Ce pillage s’est accéléré avec la crise de l’économie capitaliste à tel point que les sommes ainsi attribuées chaque année aux employeurs dépassent aujourd’hui sans doute les 150 milliards d’euros. Tout cela à perte puisque le chômage ne cesse d’augmenter.

Malheureusement, non seulement ceux qui sont à la tête des régions ou des collectivités locales n’ont pas protesté - ou alors l’ont fait du bout des lèvres - contre cette politique mais pour une grande part y ont participé eux-mêmes. La seule politique proposée par la grande majorité des élus locaux pour combattre la montée dramatique du chômage a été de multiplier les cadeaux financiers aux dirigeants des entreprises de leur territoire, en entrant ainsi dans une sorte de compétition malsaine où chacun propose de faire mieux que son voisin en terme d’aides attribuées aux patrons.

Si l’on veut lutter contre la fracture sanitaire et les inégalités sociales et face à la santé, il faut que l’argent public aille au public : aux hôpitaux, à l’éducation, aux services sociaux, aux transports… et non aux subventions par milliards aux grosses entreprises capitalistes, à perte puisqu’elles n’embauchent pas et continue de licencier.

TRANSPORTS

Ma préoccupation n’est certainement pas d’augmenter les prix des usagers des transports en commun d’Île de France mais de faire en sorte que le réseau fonctionne et ne continue pas de se dégrader.

Il ne se passe pas une journée sans panne, sans arrêt d’un train ou d’une rame de métro pour des raisons techniques.

Il faut bien entendu indemniser les retards incessants. Mais ce qu’il faut surtout c’est que les trains puissent arriver à l’heure.

Dans cette région, 44 % des actifs vont au travail en transport en commun.

Le trafic Transilien a progressé de 30 % en dix ans. Mais, alors que le réseau est très dense et très fréquenté, il a été littéralement laissé à l’abandon pendant trois décennies, par tous les gouvernements de droite comme de gauche.

Aujourd’hui, 50 % du réseau et des appareils de voies ont plus de trente-cinq ans d’âge. Certaines caténaires de la ligne C ont plus de quatre-vingt-dix ans. Sur la ligne D, l’immense majorité des installations caténaires ont entre soixante et soixante-dix ans. Certains postes d’aiguillage datent d’avant 1938. En dehors de toute canicule, 16 000 incidents annuels ont lieu en raison de l’obsolescence de la signalisation.

L’état de dégénérescence du réseau, voies et matériels, a été pointé depuis longtemps par les cheminots de l’Infrastructure, dont les effectifs ont aussi été laminés. Il a fallu un rapport alarmiste de polytechniciens de Lausanne pour que RFF et la SNCF se décident à des travaux d’entretien et des investissements de régénération, trop limités.

L’urgence est donc d’investir d’urgence pour rénover le réseau.

LOGEMENT

D’après la fondation « Abbé Pierre » la situation du logement en France est la suivante :

- 138 800 nuitées d’hébergement d’urgence attribuées par le 115 lors de l’hiver 2013-2014 sur 355 000 demandes

- 467 000 logements sociaux attribués face à 1,8 million de demandes en attente

- 75 000 personnes relogées après un recours Dalo sur 147 000 reconnues prioritaires.

Pour ceux qui ont un logement, la dégradation est également flagrante, même si elle ne date pas d'hier. Les loyers et des charges ne cessent d'augmenter, bien plus vite que l'inflation. Je suis d'accord pour prendre les mesures pour limiter la rapacité de certains bailleurs et intermédiaires. Je suis favorable à un blocage des loyers. Mais une quelconque amélioration dans le domaine du logement ne pourra exister que s'il existe une politique volontariste de construction de logements neufs à loyer abordable. A l'heure actuelle, il y aurait un million d'inscrits sur les listes d'attente des HLM, il faut donc construire d'urgence un million de logements sociaux. C'est au groupement de prendre en charge cette cause d'intérêt général, de financer la construction de ces logements. Les matériaux, les technologies existent, des hommes et des femmes sont prêts a se faire embaucher. C'est une question de volonté et surtout de choix de priorité.

AGRICULTURE ALIMENTATION

Le marché de l’alimentation est dominé, comme la production de toute marchandise, par des trusts. Les difficultés des paysans, la chute des prix qui ruine quantité de familles, cela ne les concerne pas. Ils n’ont d’ailleurs le plus souvent aucun contact direct avec les paysans. Ce sont des intermédiaires, des sociétés d’État ou des marchands privés qui collectent la production et prennent leur part sur le travail des paysans. Et dans la course au profit la plupart des aliments parcourent effectivement des milliers de kilomètres avant d’arriver dans les assiettes des consommateurs, ce qui est une aberration sociale.

Loin de la question du « gaspillage alimentaire », ma première préoccupation est que de nombreuses familles ouvrières ne parviennent plus à se nourrir sans les dons de la Banque alimentaire, sans les épiceries sociales, sans les Restaurants du cœur ? Combien d’enfants ne disposent que d’un seul repas équilibré, celui servi à la cantine dans les municipalités ayant fait le choix d’en réduire le prix ?

L’économie relocalisée, les expériences de proximité ne pourront jamais rester que des productions à la marge, des tentatives pour essayer de contourner le capitalisme à une toute petite échelle, sans même l’égratigner. Les Amap en région parisienne regroupent 60 000 amapiens et il y a 12 millions d’habitants. Il est techniquement impossible que les petits producteurs, locaux ou pas, puissent satisfaire cette demande.

Je pense que concilier rendement agricole et écologie est à la porter de l’humanité. Il existe des systèmes d’irrigation goutte à goutte économes en eau. Il existe des semences moins gourmandes en engrais et tout aussi productives. On pourrait en sélectionner de nouvelles à condition d’enlever cette technologie agronomique des mains des trusts agrochimiques qui monopolisent la recherche, la distribution des semences et à qui il est légitime de ne pas faire confiance.

La question essentielle est de conquérir le contrôle général sur l’organisation économique de la société et de sa production alimentaire et changer fondamentalement son fonctionnement qui ne repose que sur le profit.

FORMATION CONTINUE

La formation continue publique a été longtemps de la responsabilité de l'État et a permis à des dizaines de milliers de femmes et d'hommes d'évoluer professionnellement. Depuis la décentralisation, ce sont les régions qui en ont la charge, élaborant chaque année un cahier des charges et organisant un appel d'offres des formations pour tous les centres qui dépendent d'elles. Ces formations ont donc ainsi été soumises aux lois du marché. Les attaques qui ont eu lieu traduisent la volonté de l'État comme des régions de supprimer les centres de formation pour adultes, en regroupant leurs activités dans un guichet unique par bassin d'emploi. Le but est évidemment de faire des économies en réduisant le personnel.

Parallèlement, la porosité entre service public et privé augmente et on arrive à une situation où le service public de la formation professionnelle ne peut guère survivre que par la bonne grâce du privé… ou du bénévolat !

Ainsi la loi de la formation professionnelle, née sous un gouvernement de droite, puis attaquée par des gouvernements de droite, va finir par mourir sous un gouvernement de gauche. Le patronat peut être ravi !

Nathalie Arthaud le 21 novembre 2015

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